Javais
à peine 16 ans lorsque jentrais au Groupement
Vengeance de la résistance en trichant sur mon âge.
Le Mouvement Vengeance était un mouvement de résistance
très bien organisé et très structuré,
comprenant un certain nombre de groupes aux actions diverses
telles que : Liaisons, Renseignements, Actions, Corps-francs.
Ce groupe était commandé par Vic-Dupont (1), un
homme énergique et compétent qui sut utiliser mon
ardeur pour des missions de renseignements et de liaison sans
arme, beaucoup plus en rapport avec mon jeune âge.
On me demanda un jour de me faire embaucher sur laérodrome
de Villacoublay, ( jhabitais la région ) chose relativement
facile, larmée allemande manquant de main- doeuvre
recrutait facilement des travailleurs. Jentrais donc chez
Junker, comme aide électricien, chargé de lentretien
des batteries.
Cétait un poste idéal car il me permettait
daller partout sur le terrain daviation, transportant
avec un chariot électrique, des batteries dans les hangars
et sur les tarmacs en bordure des bois ou étaient camouflés
les avions.
De plus un Ausweis(laisser-passer) que la sécurité
Allemande mavait remis me permettait de circuler librement.
Je pouvais donc noter de mémoire les emplacements et le
type des avions, leur nombre, larmement et les équipements
en cours de montage etc. . .
On me demanda aussi de déposer des balises
à certains endroits dans des hangars et à la centrale
de recharges des batteries.
Je les rentrais une par une, cachée dans ma culotte de
golfe (qui se portait beaucoup à lépoque
).Cétait relativement facile. car les travailleurs
nétaient pas fouillés à lentrée,
mais seulement à la sortie.
Je prenais tout cela plutôt comme un jeu de cache cache,
mais qui ne correspondait guère aux épopées
guerrières auxquelles je rêvais.
Pourtant les rêves ne tardèrent pas à devenir
réalité.
Villacoublay fût bombardé plusieurs fois, mais chose
curieuse, jamais totalement détruit comme certains objectifs
de la région parisienne.
Les Allemands devinrent de plus en plus méfiants. Leur
police fouillait, et interrogeait des ouvriers. Ils en arrêtèrent
certains, faisant irruption dans les vestiaires à limproviste
. . . Mais le jeune homme que jétais et que les
mécaniciens de la Ludwaffe surnommaient en riant Buby
tellement je faisais gamin, ne les intéressait pas .
Malgré cet aspect sécurisant, un jour au rapport,
on me dit que le secteur devenait trop chaud et quil fallait
partir immédiatement vers la Normandie, mon pays dorigine
.
Cest ainsi que je me retrouvais dans un vieux moulin, sur
les bords de la Sarthe à Sougé le Ganelon en compagnie
dune dizaine de maquisards.
(1) - Je
nai su le nom que plus tard quand il me donna ma carte
du mouvement, car à lépoque personne ne connaissait
les vrais noms de chacun