Me
voici donc chez les paras basés à Tarbes au quartier
Soult dans une caserne en mauvais état, mal nourrit, mais
avec des chefs énergiques qui se démènent
pour améliorer la situation. Lencadrement est composé
danciens des commandos Ponchardier et du CLI. ( Corps léger
dinterventions basés en Inde ) Tous ont de la personnalité
et une expérience de lIndochine. Ils nhésitent
pas à engager des trocs avec les paysans du coin pour
améliorer lordinaire du bataillon. Méthodes
peu orthodoxe, et loin de celles de larmée de papa,
mais efficaces et, comme les effectifs pour lIndo ne courent
pas les rues, les grands chefs préfèrent regarder
ailleurs.
Les nouveaux paras très encadrés et défendus
au besoin, subissent une discipline de fer et un entraînement
forcené. Le Commandement veut en faire des hommes hors
du commun. Le grand patron, cest le Commandant DUPUIS.
Son adjoint le capitaine TRINQUIER. Deux anciens des commandos
Ponchardier. Une grande amitié semble exister entre eux.
Le Bataillon est maintenant complet, et cest 705 paras
nouvellement coiffés du béret rouge qui embarquent
à Marseille sur le Pasteur en ce mois doctobre
1947.
Pour nous tous, cest linconnu qui commence.
Débarquement rapide à Saïgon après
transbordement au Cap St Jacques sur La Charente,
LCM pouvant remonter la rivière de Saigon. A peine débarqués
nous percevons notre armement, munitions et vivres pour deux
jours sous forme de rations.
Notre base arrière est LAITHIEU, petite ville au nord
de Saigon, en pleine zone rebelle appelée le quadrilatère
tenu par le 301° régiment délite
Viet-Minh.
Le sifflement des balles, lexplosion des grenades nous
mirent rapidement dans lambiance de la guerre avec ses
jours de fatigue, ses jours de gloire et ses jours de deuil.
Si raconter notre vie en Indochine nest pas dactualité
dans ce récit. il faut quand-même préciser
quelques faits.
Le 5 ° BPIC devient alors le 2° Bataillon Colonial de
Commandos Parachutistes S A S ( 2° BCCP-SAS).
Ainsi nous eûmes lhonneur dêtre le premier
bataillon de parachutistes français en unité constituée,
la première unité de bérets rouges. Cette
auréole nous fera engager dans de très nombreuses
actions de la Cochinchine à lAnnam , du Laos au
Cambodge .
A cette époque, il ny avait pas dhélicoptère.
Les opérations étaient aéroportées
à partir de Junker 52 et de Dakota,( nos préférés
). Engagés par stick, commandos ou bataillon suivant limportance
de lopération. Très bas, pour surprendre
ladversaire, les largages sexécutaient entre
180 et 200 mètres daltitude pour les premiers sortant
de lavion, qui ayant réduit ses moteurs, prenait
une pente de descente ce qui faisait sortir les derniers sautant
à environ 150 mètres du sol.
Le 2° BCCP fût lunité à inscrire
le palmarès du plus grands nombre de sauts de guerre à
son actif : 34 sauts de guerre dont 30 homologués.
Les parachutes utilisés à cette époque étaient
des T5 et T6, réformés de larmée américaine.
Ces parachutes étaient à ouverture dite voile dabord,
ce qui laisse deviner aux initiés la violence du choc
douverture.
Nous sautions bien sûr avec tout notre armement individuel
, collectif et munitions.
Les sacs spéciaux autres que les leg-bag nexistaient
pas encore. Les armes étaient glissées en travers
sous les harnais, pour pouvoir être dégagées
plus vite au sol.
Dans les grandes opérations du bataillon au complet, le
plus dangereux pour les premiers arrivés au sol, était
la pluie dustensiles divers qui tombaient du ciel.
Il y avait de tout, depuis des bidons jusquà des
armes, des leg-bags et toutes sortes dobjets hétéroclites
éjectés des poches.
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Mais aussi hélas, quelques fois cétait un
copain dont le parachute ne sétait pas ouvert parce
quil avait eu la malchance de percevoir un parachute à
problème ou saboté.

Les Pachas
Le Cap. Trinquier Le Cdt. Dupuis
Le
Commandant DUPUIS fut tué dans une embuscade à
Laithieu le 9 septembre 1948
Le Capitaine Trinquier pris le commandement du bataillon et fut
nommé commandant le 1er octobre 1948.
En ce qui me concerne, Je suis au Commando du Lt SICHE, du GC
3 ( Groupe de commandos. ) commandé par le Lt DOEBBELS,
Mais je suis souvent détaché auprès du commandant
TRINQUIER comme chauffeur, garde du corps. Nous avons souvent
de longues conversations, le commandant me faisant raconter mes
histoires de résistance qui semblaient beaucoup lintéresser.
<< Cest à peine croyable, tu étais
tellement jeune ! >>
Plus tard, revenus à la vie civile, nous devions devenir
de bons amis et nous recevoir souvent. Cest à ce
moment quil me dit avoir été très
intéressé par ces histoires qui lui auraient données
certaines inspirations lorsquil écrivit La
guerre moderne