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Gazette des Anciens                   Novembre - 2002

 

Cette Gazette est ouverte à tous les Anciens dans le cadre du site


Edition spéciale :

 

Le "BAROUDEUR " nous a quitté !

 

 

Le Général Jean Louis DELAYEN

des Troupes de Marine

Grand Croix de la Légion d'Honneur

est décédé le jeudi 3 octobre 2002

 

Une attaque cardiaque l'a foudroyé de l'autre côté de l'Atlantique

Jean Louis Delayen a fait une brillante carrière dans l'armée au sein des troupes coloniales.

Né le 16 Mars 1921 à SAINT-RAPHAEL.
Issu d'une lignée de Marsoins.
I1 séjourne au Maroc, puis en Indochine avec son père, et ensuite
passe avec lui un an à Paris, a l'occasion de l'Exposition Coloniale de 1931.
I1 est très marqué par cet évènement.
Elève au Prytanée Militaire (1935/1940).
En Juin 1940, il déserte de l'Ecole, s'embarque pour
l'Angleterre... et débarque au Maroc
S'engage au 6ème RTS puis rengage au RICM.


 

 

 

Premier uniforme au Prytanée

 

Sous-Lieutenant en Décembre 1944.

 

Campagne de FRANCE
Débarquement de Provence, libération de TOULON .
La marche du Rhin atteint le 20 Novembre 1944 à ROSENAU par I'aspirant DELAYEN.
Le lendemain, il est très grièvement blessé à BATTENHEIM ( 5 mois d'hôpital )

Premier séjour " INDOCHINE " (1945 -1948), toujours au RICM. Il y est blessé une sconde fois. Nommé Lieutenant en1946 et fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 1947.

Deuxième séjour " INDOCHINE " (1949-1952). Il y forme le Commando du RICM, étant seul européen à la tête de 120 Vietnamiens. C'est la période des Commandos Nord-Vietnam. Il prend le commandemen du Commando 13 et est nommé Capitaine en1951.

Troisième séjour " INDOCHINE " (1953-1955). Toujours aux "Commandos Nord-Vietnam", d'abord comme commandant le "Groupement des Commandos de Réserve Générale" à DAI-MO puis, commandant le Groupement des "Commandos de Débarquement" à HAIPHONG avec actions sur les fleuves au sein de la DINASSAUT . Raids amphibies Mer, sur les côtes de la zone Viet.

Regroupant les survivants des Commandos Nord-Vietnam, il forme le " l er Bataillon d'Infanterie de Marine Vietnamien " à NHA-TRANG.
Il est promu Officier de la Légion d'Honneur en 1954.

A la fin de 1955, il rejoint l'Algérie au "Centre d'Instruction Amphibie" à ARZEW où il étudie les conditions locales du combat, puis appelé par le Capitaine de vaisseau PONCHARDIER pour être l'officier de liaison de la "Demi-Brigade de Fusiliers - Marins" à NEMOURS, près de la frontière du MAROC.

Il forme le "Commando Yatagan" ( Musulmans encadrés par les Fusiliers-Marins-Commandos) .
Trois ans se passent ainsi.
Commandant en1958 et Commandeur de la Légion d'Honneur en1959

Après un court passage au Camp de FREJUS, il se fait breveté Parachutiste à PAU, puis retourne une seconde fois en Algérie pour y commander le G.C.C.A. ( Groupement de Commandos de Chasse de l'Akfadou en grande Kabilie ).

Pacifique (1962-1965)
Il quitte l'Algérie début 1962 et part au Pacifique pour y prendre le commandement du "Bataillon d'Infanterie de Marine de Tahiti"

Métropole (1965-1972)
En 1965, il reçoit comme Lieutenant-Colonel, sa première réelle affectation en métropole.
C'est à la " Force Amphibie d'Intervention" basée à Lorient qu'il y dirige d'abord le "Centre d'Instruction Amphibie" qui est chargé des opérations à l'Etat-Major de l'Amiral.
Durant cette affectation, il trouve le moyen d'être envoyé en stage chez les Marines au " Command and Staff College " à QUANTICO, USA. II y passe une année.

Il commande ensuite le " 2ème Régiment d'Infanterie de Marine" en Bretagne, puis passe un an à BREST, comme Officier de Liaison près de I'Amiral/Atlantique.
Il passe Colonel en1970.

TCHAD ( 1972-1977)
Il part enfin au TCHAD en l972 et y passera 6 ans
D'abord Adjoint du Général aviateur commandant les Forces Françaises, puis conseiller du Général Tchadien, Commandant en Chef des Forces Armées Tchadiennes.
Grand Officier de la Légion d'Honneur en1975.
Promu Général de Brigade
, en 1977, il doit quitter le TCHAD affecté "par ordre" , au Ministère de la Coopération à PARIS.

Sur sa demande, il passe dans le Cadre de Réserve en Juin 1978.


Revenu à la vie civile, après 4 années passées à bord de sa péniche "le Jean Bart", amarée près du pont de la Concorde à Paris, il réside aux USA depuis 1982. Il s'y occupe d'élever son fils "JL" issu d'un mariage avec une citoyenne américaine.
Il prend cependant le temps de donner des conférences et de participer à des séminaires sur des sujets militaires bien évidemment, chez les Marines de QUANTICO, et chez les Spécial Forces de Fort BRAGG.

Il est Président des Officiers de Réserve Français résidant dans la région de WASHINGTON.

Il fut élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d'Honneur en 1996.

Président Honoraire, fondateur de "l'Association Nationale des Commandos du Nord-Vietnam", il partageait son temps entre les USA, auprès de son fils établi là-bas et son pied-à-terre à St Raphaële où il était apprécié et considéré comme une figure locale, à la fois homme exceptionnel d'une grande simplicité et un sage pour ses qualités humaines.

 

Grand Croix de la Légion d'Honneur
19 Citations ( 11 palmes )
3 Blessures

 

"Le Commando 13", implanté dans le secteur autonome de Ninh Giang est titulaire de deux citations à l'ordre de l'armée

                                                               Les capitaines Delayen et Dupau du commado " Sénée"

Le capitaine Delayen en tenue noire des Commandos

 

Le 11 novembre 1957 à Oran, le Capitaine Delayen défile à la tête de son Commando" Yatagan"

Le Commadant des Troupes en Polynésie reçoit le Président Georges Pompidou.

En 1965, le Lieutenant Colonel Delayen dirige le "Centre d'Instruction Amphibie" qui est chargé des opération à l'Etat-Major de l'Amiral, puis commande la Force Amphibie d'Intervention basée à Lorient

 

 

 

 

 

 

TCHAD, La quatrième guerre de JL.Delayen.Bilan après l'opération "Koro" dans le massif de l'Ennedi. A sa droite, l'adjudant Claude Biasini, fidèle depuis les commandos noirs du Vietnam.

 

Apothéose de la carrière glorieuse

d'un grand Soldat :

En 1996

Le Général JL.DELAYEN est élevé à la dignité de

Grand Croix de la Légion d'Honneur


Les obsèques du Grand Soldat


Les obsèques du Général JL.DELAYEN furent célébrées le mardi 15 octobre 2002 après midi

en l'église Notre-Dame de la Victoire à Saint Raphaël

Les très nombreux frères d'armes du défunt avaient pris place dans l'église, et une foule importante s'était massée sur le parvis, n'ayant pu trouver place dans l'église archi-comble.
Plus d'une cinquantaine de drapeaux d'Associations entouraient l'autel. Le cercueil, recouvert du drapeau tricolore, était amené par huit soldats des Troupes de Marine, suivit par le fanion des Commandos Nord-Vietnam, porté par un de ceux-ci.
Pendant la cérémonie, quatre Commandos noirs formaient une garde d'honneur autour du cercueil. Les marches du choeur étaient recouvertes de gerbes de fleurs. Au sol devant le cercueil, était posée l'ancre de marine, symbole des Troupes Coloniales à qui le défunt s'était consacré toute sa vie.


Le Père HEINRICH, l'ancien aumônier de Dien Bien Phu célébrait la messe, assisté par un prêtre de la paroisse.
Après l'homélie dite par Yvan Heinrich, aumonier des Armées, le général Pascal prononçait l'éloge
funèbre du général Delayen.
Une messe émouvante de prières et de recueillement, terminée par l'hymne de l'Infanterie de Marine jouée aux orgues.

Sur le parvis de l'église, les honneurs militaires furent rendus au général par un détachement en armes du 3° RAMA, qui chanta l'hymne de l'Infanterie de marine reprise en choeur par l'assistance.
De nombreuses délégations militaires parmi lesquelles on pouvait remarquer : les Fusiliers Marins de Toulon, - le Commando Hubert, - la Marine Américaine, - le 21°RIMA, - le 2° RIMA et son chef de corps le Colonel Lhot, - le RICM, - l'Ecole Militaire d'Artillerie de Draguignan et d'autres, tous figés au garde à vous pour saluer une dernière fois la dépouille du Grand Soldat.
À leur côté, une importante délégation des Anciens Harkis du célèbre Commandos "Yatagan" , avaient tenu à faire le voyage de l'Argentière à St. Raphaël pour honorer la mémoire de celui qui avait été leur chef et fondateur, aussi apprécié qu'estimé. On remarquait également la délégation des Femmes Combattantes de l'Armée Française conduite par sa présidente Josie Tarquiny à qui le général Delayen avait remis la Médaille Militaire le 14 juillet dernier à Nice.

Entouré de sa famille et de ses amis, le défunt fut conduit au cimetière Alphonse Karr dans un véhicule 6x6, ex-militaire de l'époque du débarquement et dans lequel avaient pris place une garde d'honneur des Commandos Nord Vietnam et son fanion.
Précédé de deux motards de la police qui ouvraient la route, le cortège était suivi d'un long convoi de véhicules et de cars. Sur les trottoirs, une foule nombreuse, curieuse mais surtout respectueuse, regardait le convoi passer. Beaucoup de personnes se signaient au passage du véhicule portant le cercueil recouvert du drapeau tricolore et sa garde.
Au cimetière, précédant la mise au tombeau et après la bénédiction, un dernier hommage fut rendu au défunt par ses amis et commandos fidèles, sous la forme de la cérémonie de l'encens vietnamien dans un silence impressionnant puis, suivie d'un chant démarrant d'un murmure et montant crescendo comme un écho.
Le Général avait en effet exprimé dans ses dernières volontés, le souhait que la célèbre chanson des Troupes coloniales "Marie-Dominique" fut jouée à ses obsèques. Son souhait fut exaussé par le 21° RIMA de Fréjus qui chanta cette poignante chanson avant la descente au tombeau.
Parmi les personnalités qui assistèrent à ces obsèques, on notait la présence de :
Monsieur le Colonel Noël, 1er adjoint, Conseiller Général représentant la ville de St Raphaël, - le général Accary 1er adjoint représentant la ville de Fréjus et le Général Tosi, - le Colonel Gèles Ducarme, représentant la ville de Nice, - de nombreux officiers supérieurs comme le général Schmidt ancien chef d'état-major, - le Général Bulit Commandant le CNIDOME , - le général Le Pichon, président de la Fédération Nationale des Anciens d'Outre-Mer et de l'Etranger, - le général Colignon, président des Anciens du RICM et de nombreuses autres représentations d'associations patriotiques.
De nombreuses personnalités politiques étaient également représentées.

J.Rosier


Homélie de la Messe
_____

Le Général Jean Louis Delayen a exprimé dans ses dernières volontés son désir que ce soit un aumônier militaire qui célèbre la liturgie religieuse de son dernier adieu.
C'est une marque d'attachement à l'église dans le monde des armées. Il m'est revenu à la mémoire ce qu'affirmait, il y a une quinzaine d'années un de ces militaires qui en leur temps Indochine et Algérie furent vilipendés, traités parfois de la manière la plus abjecte et même de brutes assoiffées de sang. Il convient, il faut écouter et entendre ceux qui sont concernés.
Et cet homme fier d'être chrétien et non moins fier de son titre et de sa mission de soldat, pouvait dire qu'il avait tenu grâce aux aumôniers qui furent présents sur sa route. Les hommes de Dieu, aussi divers que les autres hommes, essayent d'être les indiscutables témoins du fait que l'église veut être aussi dans le milieu militaire.
Je le laisse s'exprimer.
"C'est cela qui m'a retenu, moi tout au moins sur la pente de la révolte contre l'église. Ces aumôniers ne faisaient pas de prosélytisme, mais ils étaient là, marchaient, peinaient, sautaient avec nous. Nos douleurs et nos révoltes, ils les ont connues, respectées et souvent partagées.
Au nom de leur foi, ils ont partagé nos épreuves et cela a raffermi la mienne "
Oui, ils étaient des nôtres. Ils étaient de la même maison".
Je fus, au milieu de vous, un de ces serviteurs de Dieu, vivant votre existence, comprenant, participant à vos joies, vos peines, vos souffrances, vos morts, nos morts.
Aumônier opérationnel en Indochine.
J'ai vécu des mois dans le delta du Tonkin.
J'ai vécu les 57 jours de la bataille de Dien Bien Phu.
J'ai subi ces heures tragiques de la captivité au Tribunal militaire du Viet-Minh.
Continuant notre route, ensuite sur cette terre d'Algérie à peine convalescent, il nous était demandé à tous d'être encore là pour "servir".
Mais pour vivre, il faut accepter le risque de mourir. La paralysie, l'installation, l'immobilisme, ce n'est pas une vie. Pour en sortir, il faut prendre un risque majeur.
Quel, risque demande Marie de Hennezel.à Daniele, une de ses malades aux soins palliatifs et rapporté dans son livre " La mort intime".
Celle-ci de répondre :
<< Je veux te dire qu'à force d'expérience, j'ai compris ceux qui ont peur sont ceux qui refusent la mort>>.
Oui, le général Jean Louis Delayen, a fait face à la mort.
Son existence comme beaucoup de militaires fut jalonnée d'évènements qui mettent la mort présente. Oui, la mort est là.
C'est le Concile Vatican II dont on célèbre cette année le quarantième anniversaire qui nous rappelait que c'est l'Esprit Saint qui pousse l'Eglise à ouvrir des chemins nouveaux pour aller au-devant du monde de ce temps.
C'est lui qui, de ce fait, suggère et encourage les adaptations qui s'imposent pour le ministère sacerdotal.
C'est une invitation pressante à nous rappeler que nous pouvons nous appuyer sur la force du Dieu tout puissant.
Que le seigneur peut augmenter en nous la charité, l'amour.
Le Prêtre, l'Aumônier militaire n'est l'homme de personne, il est l'homme de tous.
Aujourd'hui, avec vous, je peux accompagner le Général Jean Louis Delayen en son dernier voyage sur terre, allant à la rencontre, allant rejoindre tous ceux qui firent route avec lui. Route qui fut pour beaucoup d'entre nous avec un seul but : être fier et digne de notre mission.
Je peux donc m'adresser à vous, compagnons croyants ou incroyants parce que nous avons la même certitude qu'au-dessus des jugements caducs des hommes, au-dessus des demi-vérités, des demies complaisances, au-dessus de nos fléchissantes intelligences, difficilement libérées de leur pression, de leurs appartenances et de leurs peurs, il y a un absolu de vérité.
Un absolu de vérité, un absolu de justice que les croyants nomment Dieu et que les autres ne savent de quel nom désigner. Mais vers lequel nos regards se tendent ensemble et auquel nous voulons prendre nos références décisives.
Nous oserons alors tenter de nous élever de nos horizons trop étroits, de dominer nos perspectives trop défaillantes pour atteindre si possible ces points de vue suprêmes ou les évènements et les actes humains prennent leur entière liberté.
Près de notre frère Jean-Louis, Dieu nous parle.
Ayant créé cette terre, il ne la destinait pas à être un terrain de mort. Il l'avait faite si belle pour que les fils des hommes formés de son limon portant dans leurs coeurs les mêmes amours, consacrent leur intelligence et leurs énergies pour faire fructifier ce merveilleux jardin.
Pour eux, il avait envové son Fils leur rappeler sa paternité et leur fraternité commune.
Dieu ne peut regarder tous ces morts sans une infinie tristesse.
Oui, certainement nous pouvons lire dans son coeur une souveraine aspiration à renoncer aux querelles, aux haines, aux rancunes, aux revendications.
Il y a appel à laisser la sagesse, sinon l'amitié prévaloir sur les égarements des passions, un respect réciproque des droits et des intérêts.
Rassemblés demandons Lui, que son esprit tue en nous les germes maudits de la violence.
Demandons au seigneur qu'après tant de larmes et de sacrifices, l'espoir de vraie paix soit un jour une réalité dont nous serions les artisans.
Oui chers amis, sur la route de nos vies, essayons d'être capable d'engagements pour tendre vers l'impossible nécessaire.
Je terminerai en reprenant ces mots de Jean Sulivan prêtre :
<< Le salut est aussi et avant tout au cur de chaque homme dans les lieux de la vie, l'espace intérieur de désintérêt et de sérénité >>.


St Raphaël le 15/10/02
Yvan HEINRICH
Aumonier des Armées (h)


Nos dernières photos du Général

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( Cliquez sur chaque photo pour l'agrandir )

14 juillet 2002

Cérémonie du 14 juillet 2002 sur la place Masséna à Nice. Les autorités viennent saluer le général.

Le Général avec ses amis Rosier à la réception de la préfecture de Nice


Les dernières photos du Général

28 septembre 2002,

quatre jours avant son décès .

( Cliquez sur chaque photo pour l'agrandir )

Cette dernière cérémonie de recueillement au Mémorial des Morts d'Indochine était organisée par

l'Association Nationale Nationale des Femmes Combattantes

avec la participation de Monsieur Pasquini, ancien ministre des Anciens Combattants.


III

Seigneur, inscris dans les cieux les noms de ceux que tu aimes et qui ont achevé leur service en ce monde.
Je nomme notre compagnon Jean-Louis et tous ceux qui furent à ses côtés au combat et dans la paix.



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