Debout Accrochez

 Gazette des Anciens

 Juillet 2002

Cette gazette est ouverte à tous les Anciens dans le cadre du site


Résistance et Maquis

Sur les arrières du front Allemand de Normandie en 1944

Le réseau Navarre en Normandie

De Droite à Gauche et de Haut en Bas : HEO BRIEN - GILLES GALLET - JEAN SIMON- MARCEL CÔME - JOSEPH MOLLIEN- COLLIN- MARCEL FOURTON ( Jean Mario) PAUL CREHANGE - PIERRE LEGUENNEC - RAOUL JOLY - LUCIEN ANDRE D. QUESNE - MODESTE AGIN - GUY LEBELLE - FELIX GOZILLO. ANDRE LEGENDRE (dit dede la musique) PIERRE LEGAGNEUX .


EN HOMMAGE A DUGAST, RESISTANT.

Souvenir de Monsieur J. Seailles ( Commandant Grégoire ), chef adjoint du
réseau Aristide - Chef départemental des FFI de la Mayenne

Fin 1943 le réseau Aristide-Buckmaster dirigé par le commandant de Raissac, dont j'étais l'adjoint fut chargé de promouvoir la Résistance en Mayenne et en Haute Normandie.
Nous disposions de quelques points d'appuis à Caen, Saint-Malo, Bais (docteur Janvier) et d'une petite unité de pompiers de Paris repliée dans la forêt de Pré-en-Pail. C'était peu et je du envisager de créer de toute pièce un groupe, dont la première mission serait de recevoir des parachutages d'armes.

Voici comment eurent lieu les premères approches :
Le ravitaillement à l'époque était le grand problème, surtout pour les clandestins. Ma femme et ma soeur s'en étaient souvent chargées en parcourant à bicyclette les petites routes de Sarthe et Mayenne. A l'occasion il m'arrivait de les accompagner. Nous recevions un accueil rarement hostile mais plutôt bienveillant et curieux. J'avais particulièrement remarqué la cordialité de Mr et Mme Dugast au Grand Touchant à St Mars du Désert.
Je n'avais pour seules références que Ies propos tenus à bâtons rompus devant un verre de cidre - Propos portants, on s'en doute sur l'occupation...

Mais qu'espérer de mieux ?
Donc un beau jour, je découvris tout de go à Dugast la raison réelle de mon séjour prolongé dans la région ...
Dès le lendemain soir, devant la flambée de fagots la patronne nous confectionnait une omelette (geste qu'elle devait par la suite répéter des centaines de fois) un verre de cidre devant nous, j'avais l'émotion de saluer la première équipe de parachutage.
Cette veillée, je ne l'oublierais jamais. Il faut considérer de risque et de confiance mutuelle que représentait cette réunion de Français qui ne se connaissaient pas la veille.
A cette équipe que Dugast venait de fonder se joignait Jardin de St George et Maurice Ragot, sans oublier mes deux adjointes Krino la grecque et Katia la russe. Après l'accord de la Royal Air Force les premiers parachutages d'armes eurent lieu tr~s rapidement juste derrlere la ferme de Dugast. Parfois au point du jour, après une nuit harassante, nous nous retrouvions tous à la table de Dugast pour une rapide collation - ( andis que Maurice Ragot repartait au galop s'occuper de ses bêtes).
A cette table et dans cette cour attenante devait défiler dans ]es mois qui suivirent toute la Résistance : Agents Anglais et leurs radios, Chefs de groupes itinérants, FTP Bretons, aviateurs récupérés, réfractaires, maquisards de toutes origines.Comment ne pas envisager qu'un jour l'un ou l'autre commette une maladresse ou tombe entre les mains de la Cestapo ?
J'étais malade des risques que prenait Dugast en acceptant que sa ferme soit le point de ralliement de nombreux résistants... Je le suppliais pour le moins de dormir à la belle étoile pour échapper à une éventuelle rafle nocturne. Mais il me répondait avec bonhomie "patron, jamais un allemand ne mettra les pieds chez moi - j'en suis certain " ! Et comme il le disait, il en était sûr... Je ne sais d'où il tirait cette force tranquille qui lui permettait d'assurer ses multiples tâches.
Il s'appuyait solidement sur sa femme qui montrait dans l'efficacité la même égalité d'humeur et sur son fils qui devait devenir le plus jeune membre du groupe.
Plusieurs des problèmes auxquels nous étions confrontés n'auraient étés que très dangereusement résolus sans la présence de Dugast : en effet nos actions nous amenaient de temps à autre à une difficile confrontation avec notre environnement.
Ainsi les Brault, proches voisins de Dugast dont le toit fut défoncé en pleine nuit par un container malicieux. I1 fallait bien entendu qu'ils collaborent une explication aussi naturelle que possible.
Ainsi le docteur Barazer de Vilaines qui fut contraint de venir soigner un jeunot qui s'était gravement blessé par balle chez Dugast.
Ainsi tel fermier devait être contraint de vendre une partie de sa production aux maquisards, malgré sa prudente réserve.
Ainsi tel ou tel Petainiste passant à tort pour dangereux dénonciateur et qu'il fallait ramener à la raison.
Dans mon inexpérience, j'aurais été incapable de résoudre ces problèmes comme il convenait.
Dugast les réglait avec une telle aisance que parfois je me rendais à peine compte de son travail.

Dans son action, Dugast ne se préoccupait guère des doctrines et des étiquettes telles que Nationalisme, Communisme, origines paysannes, citadines ou étrangères, mais il avait un extraordinaire coup d'oeil pour juger l'homme et l'amener où il fallait. Souvent, il distinguait les "bons" avec lesquels il trouvait toujours une entente de quelques "mauvais" qu'il évitait comme la peste.
Et lorsqu'enfin un allemand vint à sa table c'était un prisonnier et un "bon", si bien qu'à la façon dont il fut traité chez Dugast cet Allemand finit par s'effondrer en larmes en comprenant comblen il avait été trompé.

En somme, Dugast était un homme d'action, efficace et courageux.
Mais dans la clandestinité les hommes de courage et d'action ne manquaient pas. Par contre dans la Résistance plus encore qu'ailleurs, les sages étaient tès rares.
Or Dugast était un sage et c'est surtout à ce titre que la Résistance et son village lui doivent beaucoup et moi plus que tout autre. I1 reste mon premier "maître". I1 m'a d'abord évité bien des bévues et par la suite influer sur mon comportement.
Je n'aimerais pas terminer ces souvenirs sur Dugast, sans y associer toute la population de St-Georges-le-Gautier, Saint Mars du Désert, Mont Saint Jean, Sougé le Gamelon...
En effet, malgré les précautions prises, il est certain qu'ici ou 1à, nos agissements parfois imprudents ont attiré l'attention, puis de Iégitimes inquiétudes. Pourtant, tous ont du partager nos dangers et davantage car j'ai toujours eu à I'époque la hantise d'un Ouradour sur Glane et au moins une fois nous n'en fûmes pas loin.

Photo ci dessus : St.Mars- Chez Dugast, le Cdt. Petri avec le cap. Le Personnic étudient la carte des prochains parachutages

 

Photo ci contre : Une des fameuses charettes dit "baniaud" en patois du pays, construite par des nombreux artisans charrons de l'époque. Attelées à un ou deux chevaux, elles rendirent de grands services aux maquis pour le transport d'armes dissimulées sous du foin.

 

 

 

 

 

Des repaires de résistants

 FIET-GARNIER: Dans le verger face à la maison où étaient entreposée les armes, M. Davoine essaye un fusil- mitrailleur "Bren" parachuté dans la nuit.

 

Reconnaissance des Alliés

 

Le bâtiment du maquis des Carrières en juin 2002 est la propriété d'un couple d'enseignants, professeurs d'histoire, qui l'ont aménagé avec goût et qui plus est s'intéressent à son historique.Seule la partie Ouest subsiste. La partie Est a été démolie du fait de son mauvais état. La disposition des pièces intérieures n'a pas changé. ( nota à l'attention des anciens maquisards : les caisses d'armes qui étaient entassées jusqu'au  plafond n'y sont plus.) Une piscine a été aménagée derrière la haie que l'on remarque devant la maison.

Les carrières d'ardoises devant la maison n'ont pas changé à part qu'elles sont maintenant sous une importante végétation qui a proliféré avec les années.

De nombreux arbres fruitiers entourent la maison, et des vignes luxuriantes garnissent sa façade.

 

 

 

Photo ci contre

En ce mois de juin 2002, l'ancien maquisard Jean Rosier dit "Fabien" qui en 1944 séjourna dans ces lieux, refait un pèlerinage dans la région et se remémore ses aventures de jeunesse au service de la France.Je tiens à exprimer mes remerciements à Monsieur et Madame Champroux pour leur accueil si chaleureux et ma gratitude pour avoir bien voulu nous ouvrir les portes de leur domaine, nous permettant ainsi de revivre ces souvenirs lointains mais aussi une pensées émue pour nos camarades qui ont laissé leur vie dans ces aventures et celles qui suivirent.

 

 

 


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